Du 13 février au 11 mars 2026, la onzième session du Ciné Yam s’est concrétisée par trois semaines d’intenses collaborations entre l’équipe de réalisateur·rices membres de La Trame, Boris Claret et Isabelle Dario, l’équipe du Ciné Yam d’AZN, Mady Sawadogo, Blandine Ouedraogo et Aristide Lompo avec le renfort de Joël Sore de Terre Verte.
Depuis 2015, la Trame accompagne le Ciné Yam. Cet atelier de création et de production documentaire en brousse sahélienne est le fruit d’un partenariat avec l’AZN et Terre Verte. Son objectif, soutenir par l’image le développement rural écologique et social dans la zone sahélienne du Burkina Faso. Ce projet unique met en lumière et promeut, à travers des documentaires, les pratiques agro-écologiques que les paysans sahéliens développent depuis plus de 30 ans à la Ferme Pilote de Guiè.
Comme lors de la session précédente, les « questions sécuritaires » ont empêché de séjourner et de travailler à la Ferme Pilote de Guiè. Les membres se sont donc rejoints à Ouagadougou.
Le renouvellement sur place des visas de l’équipe française, anticipé en fin de session 10, a aussi évité de réelles difficultés administratives pour leurs obtentions en ligne pour cette session.
En termes de « production », compte tenu du manque de soutien des institutions concernant les actions d’accompagnement en zone AES (Alliance des États du Sahel), c’est grâce aux partenaires, notamment Terre Verte via le consortium Galiléo, et aux relations au Burkina, que les moyens indispensables à cette mission ont pu être rassemblés.
LES OBJECTIFS DE LA SESSION
Cette onzième session s’inscrit directement dans le prolongement de la précédente avec deux objectifs principaux : conforter l’autonomie technique de l’équipe sur les nouveaux outils de post-production livrés en 2025 et surtout amplifier les rapprochements du Ciné Yam avec les acteurs locaux de la production audiovisuelle pour pérenniser son action et faciliter à terme un nécessaire renforcement de l’équipe.
Opérationnellement, c’est par la finalisation du film de présentation de l’École du Bocage que sera validée l’appropriation par l’équipe du logiciel de montage DaVinci Resolve et aussi la maîtrise des étapes de finalisation d’un film avec mixage, étalonnage, création de sous-titrage, de versions voice-over, exportations et mise en ligne des fichiers.
DÉROULÉ DES TRAVAUX
Première semaine du 16 au 20 février, dès le regroupement de l’équipe et l’installation du banc de montage dans le lieu d’accueil à Ouagadougou, il a été possible, ensemble, de faire le point sur l’avancement du film, avec notamment le visionnement des images des « tournages complémentaires », qui étaient apparues nécessaires en fin de session précédente, et leurs premiers essais d’insertions dans le film. L’équipe a franchi un cap d’autonomie avec des tournages d’entretiens et de séquences de vie en phases avec les besoins exprimés. Une réflexion de fond sur la réécriture nécessaire d’un film dans la phase de montage a conduit à réorganiser en profondeur l’ordre des séquences, notamment en disséminant tout au long du film les témoignages des anciens apprentis du CFAR qui étaient précédemment regroupés en fin de film. Il en résulte une nouvelle maquette du montage plus vivante qui rompt avec la forme institutionnelle des premières propositions. La semaine se termine par un grand TD sur les principes du mixage du son pour préparer cette phase des finitions et anticiper un ultime petit tournage complémentaire que l’équipe assurera à l’école du bocage sur l’internat durant le week-end.
Deuxième semaine du 23 au 27 février.
Le montage reprend avec le dérushage des nouvelles images et leurs intégrations dans le film.
Après réorganisation de quelques séquences qui cherchaient leurs places, une première version complète permet de reprendre l’intégralité du montage dans la perspective de rythmer le film. Le long travail de finalisation commence par du montage de sons additionnels et le mixage qui sont autant d’occasions de consolider les acquis techniques de l’équipe.
Le 27 au soir, Boris Claret et Isabelle Dario ont le plaisir de retrouver Frédéric Kaboré, ancien Délégué Général d’ISIS, l’école nationale de cinéma burkinabé, qui vient de vivre une profonde refonte institutionnelle. Frédéric Kaboré réitère son vif intérêt pour accompagner personnellement l’aventure Ciné Yam, notamment en identifiant dans ses ancien·nes étudiant·es des candidat·es potentiel·les pour un renfort de l’équipe. Une prochaine visite est envisagée. Dans le week-end, l’équipe est invitée par Michel K Zongo de Diam production à une diffusion du très beau documentaire Bakoroma à l’Espace culturel Waika. Une bonne occasion pour visiter ses studios et pour renouer les relations avec Michel qui a déjà rendu visite au Ciné Yam à Guiè et exprime son attachement à cette expérience singulière.
Troisième semaine du 2 au 6 mars.
L’équipe finalise rapidement une maquette pour permettre un visionnement par le comité de pilotage du Ciné Yam qui rassemblera sur place l’ensemble des partenaires. Le 2 mars au soir, la maquette est validée et l’équipe félicitée par tous pour l’évolution notable de la proposition et sa pertinence quant aux attentes des partenaires. Le feu vert est donc donné pour les dernières finitions de montage, étalonnage et pour préparer la version sous-titrée en anglais et la version voice-over en mooré, indispensable aux diffusions villageoises.
Le 4 mars Frédéric Kaboré fait le plaisir aux équipes d’une visite en salle de montage. Il visionne le film et offre à l’équipe un long moment d’échange sur l’engagement que suppose le cinéma et sur la nécessité pour l’équipe de trouver sa propre voix narrative par des expérimentations personnelles. Cela fait écho aux recommandations des réalisateur·rices. La démarche se trouve ainsi valorisée, en mooré, par un acteur important de la filière.
La fin de semaine passe en flèche avec des tests sur les procédures d’enregistrement de voice-over, sur du transfert de compétence en étalonnage par Isabelle Dario et en mixage par Boris Claret. Les prochains travaux de traduction en anglais et mooré sont préparés par la sortie d’une transcription intégrale des dialogues.
Le matériel repart pour Guiè et l’équipe se sépare avec un sentiment de travail accompli !
PERSPECTIVES POUR L’AVENIR
- Achever rapidement les versions du film CFAR et le mettre à disposition des partenaires.
- Renforcer les partenariats locaux notamment pour faciliter l’embauche d’un renfort pertinent en réalisation dans le cadre d’un projet pluriannuel en cours de financement.
- Maintenir notre vision à long terme : au-delà des perspectives immédiates, la décennie de partenariat repose sur des valeurs fondamentales face auxquelles les échéances des traditionnels « projets de coopération » n’ont guère de sens. Dans un contexte de plus en plus contraignant, voire en réponse à toutes les adversités, nous ne nous interdisons aucun nouveau développement, tant un désengagement nous semble plus que jamais politiquement, humainement et stratégiquement déplacé. De plus, il n’est pas impossible d’assister dans l’avenir à un renversement des tropismes Nord / Sud où, par exemple, les expériences agricoles, environnementales, sociologiques et organisationnelles, acquises par les Sahéliens deviennent précieuses pour nos territoires européens confrontés aux conséquences des bouleversements climatiques et des excès de nos agricultures industrielles.
Fin mars, Pascal Sawadogo, coordinateur de l’AZN, a rendu visite à La Trame dans ses locaux rue de l’étoile à Toulouse, en présence de Boris Claret et Corinne Domergue, présidente de La Trame